Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 00:10
 
 

BIOGRAPHIE

 

Lucie de Syracuse est la fille d'Emma Montiel et Gérard Sedano, comédiens bordelais de la Cie des pas perdus et grands collectionneurs de masques et de marionnettes.  Fortement influencée par l'entourage des amis proches de son père et de sa mère  (Dominique Olivain, Dominique Lassau, Arman, Christian Boltanski), elle décide de s'orienter vers la création artistique.
Diplômée en arts plastiques (peinture) et en histoire de l'art, elle continue ses recherches et entreprend de brillantes études littéraires qui l'entraînent sur les terres du Valois, en quête de Gérard de Nerval pour lequel elle développe une véritable passion.

Lucie de Syracuse rentre à Bordeaux et arrête sa thèse. Perdue, sans projet professionnel, ni but précis, elle décide de mener de front écriture et peinture. Elle commence alors à prendre notes consciencieusement de ses rêves, de ses brèves rencontres et recherche par la contemplation les rêves éveillés. Elle esquisse sur la toile des visages, qui sont pour la plupart des visages féminins. Ces femmes sont toutes des autoportraits imaginaires de l'artiste. L'univers de Lucie de Syracuse est empreint d'un désenchantement, proche de celui du XIXème romantique. Ses toiles nous donnent à voir des silhouettes graciles, fragiles, souvent solitaires, prises entre rêve et réalité. L'artiste pense que l'art doit réenchanter le monde, mais rattrapé par lui, les visages se tendent comme des masques, les yeux se ferment, l'esprit est ailleurs, attiré vers un là-bas édénique. Elle affectionne particulièrement la préconisation de Paul Eluard: « Il est grand temps de rallumer les étoiles! ».

En 2006, elle réunit ses réflexions, rêves et autres caprices avec ses premières peintures dans un livre d'artiste. Ce travail, intitulé Sous les draps, retient l'attention du critique Bertrand Dumeste; il l'invite à la Biennale de Venise en 2007. « En fait c'est lui qui décida que j'étais une artiste » dit Lucie de Syracuse.

Elle continue d'écrire des textes poétiques «  des bris de mots », sur la désillusion amoureuse, sur l'absence et l'empreinte; ce sont des éclats de vie, tour à tour, poétiques, sensuels et dramatiques qu'elle va mettre en musique. Musicienne depuis sa tendre enfance, chanteuse et pianiste, elle séduit un jeune musicien, Thomas Sinier (Cordebreve), qui va l'encourager et l'aider à enregistrer ses mini-morceaux. Ce travail intitulé « Luminus nox » est enregistré à Bordeaux en Janvier 2009.

 

Lucie de Syracuse, âgée d'à peine 28 ans, vit toujours à Bordeaux où elle travaille ses textes et ses peintures et compose des morceaux pop, acidulés et légers. Elle fabrique des livres, des reliures qu'elle présente lors de ses expositions. Elle joue, elle invente, elle affabule.


Biographie par Raminagrobis

Par Lucie de Syracuse
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Ivresse des chemins

 

Moi aussi, je me couche tard. J'ai des insomnies mais c'est pas pour autant que j'arrive à écrire. Je le voudrais bien, écrire pour changer ma vie, sortir une à une ces flèches empoisonnées fichées dans mon corps. Mais je n'ai pas d'idées pour le faire, alors je lis.

Je n'aimais pas la lecture enfant, ni adolescente, je n'aimais pas mon père et tous ces bouquins qui mettaient en péril le fragile équilibre de la terre. J'aimais les images, elles seules pouvaient m'illuminer. À partir d'elles, je pouvais rêver. Rêver éveillée était la seule chose merveilleuse que j'arrivais à faire. J'allais à l'école sans savoir pourquoi, je m'essayais au fond de la classe, près des fenêtres, et là je m'absorbais dans la contemplation des arbres de la cour, des moineaux légers et libres dehors, du ciel, des bruits de la rue. J'étais une élève distraite, rêveuse et l'on me croyait innocente, c'est à dire, simple, ou comme je l'ai entendu, attardée. On soupçonnait que je ne comprenais pas le monde qui m'entourait, et l'on dut me forcer à lire. Pour m'ouvrir au monde, pour éveiller ma curiosité. Je lisais mal, les mots n'avaient pas de sens, la phrase était un labyrinthe où angoissée, je cherchais désespérément une issue de secours. Cela finissait mal, je perdais patience, vomissais l'écriture, et le monde des adultes. J'étais punie dans ma chambre. Ou j'allais au coin avec le bonnet d'âne. Et l'élève médiocre que j'étais, suivait pourtant son bonhomme de chemin.

Jusqu'au jour où j'ai rencontré Mathilde. J'avais ce matin là séché les cours, et m'étais installée en terrasse du Cochon volant, attendant un café qui tardait à venir. Elle était assise en face de moi, noircissant les pages d'un minuscule carnet. Elle était lumineuse, et son visage esquissait des sourires au fur et à mesure qu'elle avançait dans son texte. Moi, je faisais semblant de lire, la regardais de temps à autre, l'air de rien. Elle a fini par lever les yeux vers moi, et je ne sais pas comment je me suis retrouvée assise à ses côtés. Elle s'est arrêté d'écrire, et m'a demandé ce que je lui voulais. Je me suis entendue dire « j'ai besoin d'aide ». Je lui ai alors désigné le livre sur lequel je devais travailler, puis le passage en question que je devais commenter. Elle avait l'air amusée par ma requête, puis spontanément elle m'a pris le livre des mains, et s'est mise à le lire. Dans son petit carnet ouvert sur la table, il y avait du texte et des minuscules dessins, son écriture déliée se déployait en belles arabesques, et elle avait dessiné deux personnages s'enlaçant au dessus d'un fleuve, l'un était une femme, l'autre une lune. Je l'ai écoutée me parler du texte: elle a pris entre ses mains diaphanes chaque phrase et me les a offertes. Une à une je les lui ai prises, et avec je me suis bâti un nouveau château, imprenable, impalpable, un château de mots où je me suis depuis confortablement installée. Elle s'appelait Mathilde, son métier était d'écrire des romans, mais elle aussi aimait beaucoup les images, alors tout naturellement elles avaient trouvé une place au coeur de son texte.

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